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Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacke (1888-1945)
Premier Calife de Cheikh Ahmadou Bamba

Selon l'hagiographie mouride, le premier successeur de Cheikh Ahmadou Bamba naquit le 11 du mois de Muharram de l'an 1306 de l'Hégire, à Darou Salam, correspondant au 17 septembre 1888 de l'an romain.
L'histoire rapporte qu'il fallut aller à la quête du Cheikh qui avait à cette époque l'habitude de s'absenter pendant assez longtemps dans la forêt avoisinante à la recherche du futur site de la ville de Touba.
Les émissaires le trouvèrent finalement au troisième jour de la naissance de l'enfant de Sokhna Aminata Lô dans un lieu nommé Fétto sous une averse abondante.
Mouhamadou Moustapha Mbacké fut ainsi l'aîné des enfants du Cheikh restés vivants et le frère utérin de Mouhamadou Lamine Bara Mbacké.
Il eut la douleur de perdre très tôt sa pieuse mère ayant conclu un pacte en ce sens avec le Cheikh.
Il entreprit son étude du Coran auprès de son père et dut, après le départ de celui-ci en exil en 1895, continuer ses études avec Serigne Ndame Abdou Rahmane Lô à Darou-l-Halîmoul Kabîr
Etudes qu'il poursuivit avec son oncle Cheikh Ibra Faty jusqu'au retour de Cheikh Ahmadou Bamba du Gabon en 1902.
Il fut notamment partie des disciples qui rejoignirent le Cheikh à Saout-El-Ma, en Mauritanie, et y demeura avec lui jusqu'en 1907.
Il l'accompagna aussi à Thiéyène et ne s'éloigna significativement de son voisinage qu'après le retour définitif de celui-ci à Diourbel en 1912
Lorsqu'il reçut l'ordre de fonder à 6 km de Touba le village de Husnu-l Mahâb qui n'était en ce temps qu'un petit hameau de Peulhs transhumants appelé Tindôdi.
Il fut en 1921, partie de la compagnie du Cheikh à Dakar lorsque celui-ci y alla répondre à une invitation du Gouverneur Général de l'A.O.F. C'est à lui aussi que son père remit sa participation de
500 000 F au relèvement du Franc français.
Durant toute la période de coexistence avec son père et maître, Cheikh Mouhamadou Moustapha se distingua par un dévouement et une détermination dans le service qu'il lui consacrait,...
Tels qu'il arriva souvent au Cheikh de mettre publiquement en exergue son engagement et son esprit de sacrifice que tout disciple lui enviait. On ne comptait pas les copies de mémoires du Saint Coran que le fils effectua pour le père ni les tonnages de récolte dont il lui fit don.
Lors du rappel à DIEU du Serviteur du Prophète, le 19 juillet 1927, Cheikh Mouhamadou Moustapha fit une fois de plus montre de ses vertus de lucidité et de tempérance, après avoir personnellement constaté le décès, en organisant dans une discrétion absolue son inhumation à Touba, selon les voeux du disparu.
Après sa désignation le 25 juillet 1927, le premier Calife du assurer la relève en s'attelant particulièrement à la construction de la Mosquée de Touba; projet qui tenait réellement Cheikh Ahmadou Bamba à coeur.
Malgré des débuts marqués par des difficultés de tous ordres, dont la plus dure fut assurément l'opposition de nombre de dignitaires de la Communauté à son califat,...
Cheikh Moustapha s'avéra rapidement être un Calife de grande intelligence soutenue par une vaste culture et une conformité sans faille aux enseignements du Cheikh se traduisant notamment par un courage, une dignité et une générosité qui resteront légendaires.
C'est lui qui, à la disparition de leur père, s'était chargé de l'éducation de presque tous ses frères et soeurs. Beaucoup d'entre eux vécurent avec lui et le Calife n'épargna, selon les témoignages de ses frères mêmes, aucun effort pour leur bien-être
Allant même jusqu'à leur désigner, une fois devenus adultes, leur premier lieu d'installation en ne manquant jamais de leur fournir l'aide matérielle nécessaire aux premiers pas dans la vie.
Ce fut également un excellent administrateur, un authentique homme de terrain. En 1928, il obtint l'immatriculation d'un terrain de 400 hectares sis à Touba.
Il demanda, au début de 1929, l'autorisation de reprendre la construction de la Mosquée dont l'irresponsabilité et la cupidité de l'Administrateur Occidental désigné avaient mis les travaux en cause.
A l'issue d'un long procès à rebondissements dans les tribunaux parisiens, l'Administrateur Tallerie eut injustement gain de cause et la communauté mouride se vit contrainte de lui payer la somme faramineuse de 250 000 francs comme dommages et intérêts pour dédit et préjudice sur rupture de contrat.
D'autres obstacles auxquels le chantier de la Mosquée eut bientôt à faire face furent : l'acheminement du matériel de construction à Touba face à l'inexistence de réseau de communication,...
La rareté des matériaux tels que la latérite dans cette zone, la profondeur de la nappe phréatique (à plus de 25 m) posant de façon cruciale le problème de l'eau etc.
La découverte de la carrière de Ndock, à une dizaine de kilomètres au Sud de Touba, permit de résoudre le problème de la latérite.
L'engagement total de dizaine de milliers de volontaires, le dévouement indescriptible de milliers de jeunes, femmes et adultes travaillant plus de 18 heures par jour, transportant dans des paniers posés à même la tête ou sur charrettes d'énormes blocs de pierres sur une dizaine de kilomètres,...
Toute cette formidable énergie déployée dans la sueur et dans le sang (car on ne compta pas alors les décès) accélèrent l'achèvement des fondations et l'empierrement de la plate-forme de la future mosquée.
Pour résoudre le problème des voies de communication Cheikh Mouhamadou Moustapha entreprit, malgré l'incrédulité des autorités publiques, le financement et la réalisation sur fonds propres d'un tronçon d'une cinquantaine de kilomètres de voie ferrée qui allait relier Diourbel à Touba via Mbacké à partir d'un embranchement du Dakar-Niger.
Avec toujours la détermination extraordinaire de milliers de disciples, des "Baye Fall" sous le commandement de leur Calife Serigne Moustapha Fall, fils aîné de Cheikh Ibrahima Fall, et les autres Cheikhs, la durée de réalisation de cette initiative inédite dans l'histoire pulvérisa toutes les prévisions et fut achevée en un an et quelques mois.
Ce succès éclatant accéléra de façon impressionnante l'unité et l'unanimité qui, déjà, faisait jour autour de sa personne façonnant ainsi durablement l'organisation de la Mouridiyah après la disparition du Cheikh.
Au point de vue économique, l'âme profondément paysanne de Cheikh Moustapha alliée à un esprit d'entreprise et d'organisation élevé permirent à la communauté mouride de produire des résultats agricoles considérables. Ainsi la production arachidière qui était estimée aux environs de 20 000 tonnes au début des années 30 passera en 1937/38 à 75 000 tonnes soit une progression marginale de 275%.
Le Chantier confié à la Société des DRAGAGES, il fut officiellement procédé à la pose de la première pierre de la Mosquée le vendredi 4 mars 1932.
Mais, malgré la célérité des travaux, les années de peste meurtrière, la récession mondiale des années 30 se conjuguant aux perturbations de la seconde guerre ralentirent considérablement leur progression.
Et c'est dans ce contexte de profonde crise et de graves difficultés économiques que s'éteignit le vendredi 13 juillet 1945 (3 Sha'bân 1364 H) Cheikh Mouhamadou Moustapha confiant à ses suivants la perpétuation de l'oeuvre colossale entreprise pendant plus de 18 ans.
Mais s'il reste à jamais vrai que DIEU TRES-HAUT ne peut oublier la rétribution de ceux qui combattent "avec leurs biens et leurs personnes" sur Son sentier,...
LUI qui a promis dans Son Saint Livre:
"En vérité, Je ne perds jamais de vue l'oeuvre de celui qui fait le bien, qu'il soit homme ou femme (...) Ceux qui se sont expatriés pour Ma Cause, qui ont combattu, qui ont été tués,...
"Je leur pardonne leurs mauvaises actions et les ferai entrer dans les Jardins arrosés par des ruisseaux, à titre de Récompense Divine; certes DIEU dispose de la plus belle Récompense"
En vertu de cette divine Promesse, Mouhamadou Moustapha aura alors mérité son Agrément et son Election, la Reconnaissance du Prophète de l'ISLAM (PSL) et celle de Khadimou Rassoul.
Mieux, tous ceux qui, aujourd'hui, se réclament du Serviteur du Prophète ou toute personne tenant sincèrement au rayonnement de la Parole de DIEU TRES-HAUT sur terre doit une fière chandelle à ce Digne Socle de l'Edifice de la Foi et de la Vertu...
Cheikh Mouhamadou Fadl Mbacke (1888-1968)
Second Calife de Cheikh Ahmadou Bamba

L'hagiographie mouride rapporte la naissance de Cheikh Mouhamadou FADL à 7 mois de celle de Cheikh Mouhamadou Moustapha son aîné, soit le 27 du mois de Rajab qui coïncide précisément avec le jour du voyage nocturne du Prophète (PSL), ou Mihrâj, au cours duquel furent révélées les cinq prières canoniques. Cette naissance eut lieu à Darou Salam en l'an 1305 de l'hégire du Prophète (PSL) soit 1887/88 de l'an romain. La mère s'appelle Sokhna Awa Bousso et est originaire de Affé dans le Sud du Djoloff.
Il entama ses études coraniques chez Serigne Ndame Abdou Rahmane LO à Darou Halimou-l-Kabîr, village plus connu sous le nom de Ndame. Il effectuera plus tard le " Tadjid" (ou l'art de comprendre le texte coranique) avec son oncle Mame Mor Diaara puis avec Mame Thierno Birahim.
Il habita avec son père à Mbacké-Bâri et fit aussi partie de ceux qui le rejoignirent dans son second exil à Saout-el-Ma en Mauritanie. C'est là bas que le Cheikh, l'ayant un jour réuni avec son frère Cheikh Modou Moustapha et son cousin Mor Rokhaya BOUSSO leur tint ce discours : "Je ne suis le père, ni le frère, ni l'oncle d'aucun d'entre vous. Je suis une créature vouée au Service de son Seigneur. Et ceux d'entre vous qui auront choisi de suivre le chemin tracé par mon Seigneur, ceux-là seuls, seront mes fils, mes frères, mes neveux, mes talibés", C'est ce jour là qu'il renouvela son serment d'allégeance et son engagement indéfectible de demeurer au service du Cheikh pour la FACE de l'Eternel. C'est pourquoi il déclara dans un poème : " Nos espérances reposent en toi, ô toi qui nous à ouvert les portes de la Félicité. Je t'échange en ce jour mon rang de fils en contrepartie de l'honneur d'être ton disciple. Et quand tu daignera me gratifier de cet honneur insigne je te prierai de l'accepter comme mon offrande de disciple".
Après quatre années de séjour en Mauritanie Cheikh Mouhamadou FADL restera encore avec son père à Thiéyène puis à DIOURBEL à partir de 1912. Il est rapporté que de là à 1927, date de la disparition du Cheikh, il fit de mémoire 28 copies reliées du Saint Coran dont il fit don à son père. Il lui offrit également sa maison, sise alors avenue de la gare à DIOURBEL, qui était une belle demeure couverte de tuiles rouges avec, à chaque angle, le signe de l'étoile et du croissant. Le Serviteur du Prophète lui exprima ce jour là sa reconnaissance à travers un verset qui accordait à DIEU Seul le pouvoir de le récompenser.
C'est également à l'issue de ses recherches que la carrière de Ndock fut découverte et que le Cheikh lui assignat comme but de sa vie l'édification de la Mosquée de TOUBA.
Huit mois après la disparition de son père, Cheikh Mouhamadou FADL entreprit le Pèlerinage aux lieux Saints de l'Islam en compagnie de ses oncles Mame Cheikh Anta Mbacké et Serigne Mbacké Bousso, de El Hadj Mayoro Fall, Serigne Moulaye Bousso, Serigne Mandiaye Diop et de Serigne Ibrahima Dia. Au cours de ce périple, du 7 mars au 28 juin 1928 à bord du bateau "AMASTY", les pèlerins eurent l'opportunité de visiter : au Maroc la Mosquée construite par Moulaye Hassan en 1315 Hégire, en Egypte les tombeaux du Prophète Daniel, celui de Luqman, de Mouhammad Busri et Abdoul Abbas Al-Masri à Alexandrie ; puis au Caire le mausolée de Ahmad Al-Bakari, celui du Compagnon du Prophète (PSL) Umar Ibn AL-?AS, de Sidi Kalil, de Rokhaya soeur de Hassan, de Hussein puis l'Université Al-Azhar. Ils visitèrent naturellement le tombeau du Prophète (PSL) à Médine puis ceux de ses Califes "Râchidoûn" (Bien-Guidés), des compagnons, ceux de la famille du Messager (PSL) puis la première Mosquée construite par le Prophète (PSL): Al-Khoubâ.
El Hadj Fallou eut même le rare privilège de pénétrer le 21 mai à l'intérieur sacré de la Kaaba où il effectua 8 rakkas.
Les liens qui unissaient Serigne Fallou à son aîné (le Calife) Cheikh Mouhamadou Moustapha dépassaient à telle enseigne le seul cadre de la consanguinité que le Calife lui demandait très souvent de baptiser les nouveaux villages qu'il créait. Serigne Fallou écrivit ainsi à l'occasion de l'inauguration de Taïf : "Ô toi qui erres dans la crainte des calamités de ton temps, trouve refuge chez le Calife Moustapha à Taïf."
Il réitéra ainsi avec le successeur de BAMBA les liens d'allégeance et d'affection profonde qui l'unissaient à son père, dévouement qui se traduisit notamment par son adhésion totale à l'effort d'édification de la Mosquée avec son frère dont il fut, un jour de 13 juillet 1945, préposé à la succession.
Le contexte d'investiture du nouveau Calife est cependant loin d'être favorable : dus aux aléas de la récession mondiale des années 30 et à la seconde guerre finissante, le chantier de la Mosquée a été suspendu depuis 1939. El Hadj Fallou dut donc s'atteler à la tâche de la relève à travers différentes mesures de tous ordres. Tout d'abord, en accord avec le conseil de famille, il décida que la concession de 400 hectares, noyau de la ville de TOUBA, constituera une propriété indivis entre les descendants en ligne directe du Cheikh.
Le Magal sera désormais célébré à l'anniversaire du départ en exil au Gabon, c'est à dire le 18 du mois de Safar, conformément à un voeu du Cheikh formulé à DIOURBEL, et non plus le 19 Muharram anniversaire de sa disparition.
Il fixera la participation volontaire au budget de la Mosquée à 28 f par tête; le chiffre 28 représentant la valeur numérique du mot "TOUBA". Le 9 février 1948, il est décidé que toutes les sommes collectées seront déposées en banque sur un compte "Mosquée-TOUBA".
A la reprise des travaux en 1949, il fallut entreprendre de profonds réaménagement sur les plans et devis initiaux du projet et avec toujours l'engagement sans faille de milliers d'adeptes, la Grande Mosquée de TOUBA fut enfin inaugurée le 07 juin 1963. Elle fut, peu après, visitée par Serigne Abdou Aziz SY, Calife des Tidjanes, El Hadj Thierno Seydou Nourou TALL, Ahmadou BELLA, Sardana de Sokoto etc.
Le Califat de Serigne Fallou a été aussi marqué par le soutien constant qu'il apporta à l'ancien président de la République Léopold Sédar SENGHOR avec qui il entretenait des liens très étroits, en devers des différences de confessions mais en vertu d'une certaine conception de l'humain et de la Nation.
Le Califat de Cheikh Mouhamadou FADL fut également placé sous le signe du grand nombre de réalisation qu'il effectua dans le monde mouride. C'est à lui que l'on doit notamment le lotissement de la ville de TOUBA sous l'instigation visionnaire de son neveu Serigne Cheikh Mbacké. Il entreprit également le prolongement de la voie ferrée de TOUBA - Gare à TOUBA Mosquée, l'implantation de forages à Darou Mousty, Touba Bogo etc., sans parler de son immense contribution au développement de l'agriculture et à la diversification des cultures dans la région de Diourbel. Il développa aussi nombre d'implantations comme le village Ndindy en 1913.
C'est dans la nuit du 06 août 1968 que El Hadj Mouhamadou Fallou Mbacké s'éteignit à TOUBA après avoir vécu un nombre d'ans correspondant au nombre de verset de la sourate Ya-Sin : 83 qui est aussi la valeur numérique du "Jëf" signifiant oeuvre. La douleur indescriptible qui frappa le monde mouride traduisit sa consternation à la perte d'une homme qui marqua tous les esprits par sa générosité, bonhomie, son humour mais aussi par son sens du dévouement, son orthodoxie et son charisme. C'est depuis donc ce jour que, dans cette enceinte à laquelle il consacra sa vie, il repose, à l'Est de son père et qu'il résidera à tout jamais dans des milliers de coeurs qui chanteront éternellement la gloire de "Baye Galass".
Cheikh Abdoul Ahad Mbacké (1914-1989)
Troisième Calife de Cheikh Ahmadou Bamba

Cheikh Abdoul - Lâhi Ahad est né un 23e jour du mois de Korité en 1332 Hégire, soit 1914 de l'an romain à DIOURBEL. La naissance de ce premier enfant de l'après exil provoqua, selon la tradition, un vif émoi de la part du Cheikh qui lui prédit un destin hors du commun. Cheikh Abdoul Ahad est le frère aîné de Serigne Chouhaïbou avec qui il partage la même mère : Sokhna Maryama DIAKHATE.
Il entama ses humanités coraniques au début des années 20 avec son oncle Serigne Hamzatou Diakhaté dont l'érudition est resté célèbre. De ses propres dires même, Cheikh Abdoul Ahad éprouva de grandes difficultés de mémorisation du texte coranique à ses débuts et ce ne fut qu'à l'issue d'une entrevue mémorable avec son père à "Keur Gu Mag" à DIOURBEL qu'il acquis cette prodigieuse capacité de rétention et cette pénétration hors norme dont il faisait preuve dans ses exégèses de la sainte vulgate.
L'âme profondément rurale comme tous ses frères, il fonda plusieurs villages dont Belel, comptant 300 hectares de terres cultivées et Bouki Barga fondé en 1945 sur la demande de son grand frère Serigne Modou Moustapha qui s'était, depuis la disparition de leur père, chargé de son éducation et l'aidait à faire ses premiers pas dans le vie.
Les champs de Bouki Barga, répartis entre 12 daaras exploitant en tout un carré de 11 km de côté on produit seuls, en 1967, 150 tonnes d'arachide. Dans les liens qui l'unissaient au Calife El Hadj Fallou et par delà lui à toute la famille de Khadimou Rassoûl, se dénotait toujours la vénération sans égal qu'il nourrissait à l'égard du Cheikh et de tout ce qui se rattache à lui.
Son accession au Califat, le 6 août 1968, fut marquée par la rigueur, le sens du concret et une détermination dans l'oeuvre que traduisaient son franc parler et ses réalisations.
Il procéda ainsi à la reconstruction de l'ancien marché "Ocas" dont les normes ne s'adaptaient plus à celle d'une agglomération comme TOUBA.
Mais l'oeuvre la plus spectaculaire restera, sans nul doute, la pénalisation déclarée le 18 septembre 1980 dans tout le périmètre de la ville de TOUBA, des boisson alcoolisées, du tabac, de la drogue, de la contrebande, des jeux de hasard, des manifestations non orthodoxes et de tout ce qui va à l'encontre des principes de l'Islam.
En adoptant ainsi l'ouvrage Matlabu-l Fawzaïni consacré par le Cheikh à TOUBA comme constitution et projet de société, Baay Lahat ira plu loin et s'investira dans la dotation d'infrastructures à la ville.
Il entamera d'abord la décoration intérieure de la Mosquée et du Mausolée de Serigne TOUBA dont les murs seront incrustés d'or 18 carats. Il y paraphera son oeuvre par l'extension de l'enceinte extérieure avec un budget d'un milliard 750 millions; ce qui dépassa de 17% le financement escompté lors de son appel à la participation des mourides.
Il s'attaquera aussi à la réalisation de la Bibliothèque Khadimou Rassoul, l'une des plus grandes d'Afrique Noire, dénommée "la Maison du Coran" à cause de la quantité inestimable du Livre Saint qui y est conservée. Elle compte des centaines de milliers d'ouvrages de valeur (48 tonnes en 1983) pour un coût de plus d'un milliard de francs - Serigne Abdoul Ahad donna également une impulsion durable à l'édition coranique avec la création d'une imprimerie moderne contribuant à la vulgarisation du Saint Coran et des écrits du Serviteur du Prophète dont il participait activement à la collecte des oeuvres et au recensement du patrimoine. Il mit en chantier la première université islamique d'Afrique noire pour un coût de 7 milliards de francs. Le "Bâtisseur" édifia une magnifique maison d'accueil dénommée Résidence Cheikhoul Khadim puis réalisa le joujou architectural de la source de la Miséricorde "AYNOU RAHMATI".
Un important effort de modernisation de la ville fut aussi entamé, sous le troisième Califat, avec la viabilisation de 86 000 parcelles habitables gratuites, la construction d'un centre de santé à Ndâmâtou, une autoroute à l'entrée de la ville, des routes bitumées dans les principales artères, un chapelet de forages, le chantier d'un aérodrome, l'ouverture au réseau automatique du téléphone et à l'électricité, la mise en place d'une brigade de gendarmerie etc.
L'épaisseur de sa dimension humaine fut que Cheikh Abdoul Ahad entretint des relations de fraternité musulmane avec l'ensemble des différentes familles religieuses envers lesquelles son soutien ne se démentit jamais. C'est ainsi qu'il reçut, lors de visites mémorables Serigne Cheikh Tidjane SY, Cheikh Abdoulaye THIAW LAYE etc. mais aussi celle de chefs d'Etats comme Mobutu SESESEKO du Zaïre, venu visiter la tombe de son ami El Hadj Ndiouga KEBE, le président Sékou TOURE de Guinée en mémoire des liens qui unirent le Cheikh à son ancêtre l'Almamy Samory lors de son exil au Gabon etc.
En raison aussi de la disponibilité dont fit montre de la ville, Cheikh Abdou Ahad n'hésita pas à lui apporter son soutien lors des élections de 1988.
La fermeté et l'intransigeance, caractéristiques de Baaye Lahat se manifestaient cependant lors, par exemple de son sermon de la Tabaski de 1984, lorsqu'il réagit aux nombreuses plaintes des mourides portant sur les injustices dont il faisaient l'objet à la radio diffusion publique. Il termina son allocution de ce jour là par une serment devenu célèbre : "S'il convient que les choses doivent évoluer de la sorte, je jure par DIEU et par Serigne TOUBA que plus personne n'entendra ma voix sur les antennes!"
Cheikh Abdoul Ahad marqua durablement de son empreinte le Mouridisme en faisant non seulement de son centre la seconde métropole du pays, avec une expansion étonnante mais aussi en lui aménageant une place et une image qui lui valut le respect public, sinon la reconnaissance comme première force de la nation. Le Calife inculqua aux talibés, à travers ses inoubliables sermons, la conformité aux prescriptions su Seigneur et l'abstention de ses proscriptions, le respect des limites de la Sunna Prophétique; il développa aussi leur attachement au service de Khadimou Rassoul et la sincérité dans l'acte grâce à la certitude en l'incomparabilité du Cheikh.
Ce fut un jour de 18 juin 1989, à TOUBA Belel, que le 3e Calife de BAMBA s'éteignit, après 21 ans d'un Sacerdoce exceptionnel où il veillât sans relâche sur le flambeau éternel du Mouridisme. Il repose aujourd'hui au coeur de la magnifique bibliothèque qu'il érigea sur la terre de TOUBA, au centre de milliers de Coran, après avoir vécu le nombre frappant de 77 années d'une vie originellement marquée du Sceau d'un destin prodigieux de Bâtisseur de l'Islam.
Cheikh Abdoul Khadre Mbacké (1914-1990)
Quatrième Calife de Cheikh Ahmadou Bamba

Cheikh Abdoul Khadr est né un 3e jour du mois de Muharram de l'an 1333 soit 1914 de l'an romain, au village de Darou Alîmou-l Kabîr plus connu sous le nom de Ndame.
Comme le voulait l'usage de la famille, le fils de Sokhna Aminata BOUSSO reçut à l'âge de 5 ans sa première formation coranique auprès de Serigne Abdou Rahmane LO à Ndame. Mais c'est à Guédé, à quelques kilomètres de TOUBA, chez son oncle Serigne Mbacké BOUSSO que s'acheva sa formation dans le domaine des sciences islamiques.
La vie de Serigne Cheikh Abdoul Khadr se confond avec son imamat à la Grande Mosquée de TOUBA auquel il accéda en 1968, à la disparition du second Calife Cheikh Mouhamadou FADL qui occupait en même temps cette fonction. C'est pendant les 22 années où l'imam Abdou Khadr dirigea les prières de Vendredi et celles des fêtes religieuses que le saint homme acquit la renommée d'être une source intarissable de la Chari'a et de la Sunna. La Générosité de coeur de l'homme de DIEU qu'il fut traduisait en permanence, auprès surtout des indigents sa compassion et sa largesse d'esprit. En plus d'une disponibilité légendaire qu'émaillait un sourire ineffaçable, il affichait, envers ses visiteurs toujours à l'aise pour communiquer avec sa sainte personne, une image de sérénité et de profonde compréhension d'un abord facile.
En sus de ces hautes vertus, l'homme était aussi, à l'instar de ses autres frères, investi d'une dimension sociale qui se manifesta, lorsqu'en 1968, il défricha une importante superficie de terre arable à Bagdad à quelques kilomètres de TOUBA, où il s'installa. Il réalisera aussi à Boustan, près de Louga, un autre domaine agricole comptant 13 daaras. Il se lancera également dans la riziculture à Mboundoum, périmètre irrigué du barrage de Diama où il comptait également une importante exploitation.
La piété demeurait toujours un trait caractéristique chez cet homme si l'on réalise qu'il tint à ériger à chaque fois une mosquée dans chacune de ses concessions à travers le pays.
Les rapports de Serigne Abdoul Khadr avec tous ses parents étaient toujours empreints de cette révérence et de cette affection dont il irradiait et qui avait le pouvoir de le rendre aimable à tout coeur.
Son accession au Califat, le 18 juin 1989, fut marquée par sa personnalité en ce sens qu'elle fut l'occasion de prêches pour la conformation aux commandements Divins et à la Sunna Prophétique.
Sa trop brève durée ne permit pas, cependant, toute l'expression de ces hautes vertus car le jour de vendredi 18 mai 1990, c'est-à-dire 11 mois jour pour jour après avoir revêtu le manteau du 4e Calife Serigne Abdoul Khadr s'éteint à TOUBA. Et c'est depuis ce vendredi, jour de prière, qu'il repose à l'entrée de cette Mosquée qu'il aimait tant et au sein de laquelle, 22 ans durant, il dirigea la prière de milliers de fidèles qui ne manquaient jamais de se précipiter d'affection, après l'office, vers la frêle silhouette toujours souriante de Fîli "Borom Baqdâd".
Cheikh Salih Mbacké (1915-2007)
Cinqième Calife de Cheikh Ahmadou Bamba

Serigne Saliou Mbacké, (né à Diourbel vers 1915 - décédé à Touba le 28 décembre 2007) naquit celui qui plus tard allait devenir le 5e Khalife de Serigne Touba. Sa modestie sans égale, sa générosité, son désintéressement pour ce bas monde et sa pitié lui valurent au-delà même de la communauté mouride une estime notoire de toute la Ummah musulmane.
Grand producteur, il a réalisé un énorme projet agricole (Khelcom) sur une surface de 45 000 ha. Il reprit de nombreux travaux de rénovations aussi bien internes qu'externes de la mosquée et la construction de l'université islamique qu'avait entamée son frère aîné Serigne Abdoul Ahad Mbacké.
Il met en plan de viabilisation de terrains d'environ 100 000 parcelles et un réseau d'électrification de la ville. De même une canalisation a été effectuée pour une meilleure évacuation des eaux de pluie.
Parler de la personnalité de Serigne Saliou n'est pas un exercice facile du fait de sa complexité. Nous nous limiterons cependant cette anecdote de Serigne Modou Diaw Pakhaw à qui Cheikh Ahmadou Bamba avait demandé d'interpréter le poème Mawahibu nâfihu. Ce qu'il fit jusqu'au 53e versets qu'il ne comprenait pas. Il est revenu faire part au Cheikh de son incompréhension et ce dernier de lui dire que s'il essayait jusqu'à l'année suivante, il n'arrivera pas à le déchiffrer. À l'époque Serigne Saliou avait sept ans et était assis à côté du Cheikh. Serigne Touba de continuer en lui disant : "Modou Diaw, le jour où vous ne me verrez plus, je transmettrai tous mes dons à mon Représentant, obéissez à ses ordres" et il posa sa main sur la tête de Serigne Saliou et dit : Lin khâdatil udjuru wal ma salihu bi tayyi wal djazbi wa innî salihu.
Son désintéressement vis-à-vis du clinquant de cette vie, laissait comprendre aux gens quelque peu avertis, que tout ce qui a une fin, une finitude, ne doit pas être considéré comme durable, réellement. Il avait la plus grande attention pour la famille de Serigne Touba. Jusqu'à son avènement à la tête de la confrérie, il avait régulièrement remis aux différents Khalifes l'intégralité du produit de ses champs : il n'a jamais goûté à ses récoltes.
D'abord l'éducation fut son occupation continue et depuis fort longtemps ; ses Daaras éparpillés à travers le pays (Ngott, Ndiapndal, Ndiouroul, Ndooka...) datent de plus d'un demi-siècle. Et enfin Khelcom le dernier établissement leur a ravi la vedette en raison de ses dimensions. Dans ses écoles, l'enseignement du Coran et l'éducation religieuse étaient associés au travail pour indiquer qu'il s'agissait d'activités inséparables.
L'apprentissage du travail chez les jeunes leur confère la conscience qui permet à l'homme de s'accomplir, d'être utile à lui même et à la communauté. Quant à l'éducation, elle a pour but dans ces Daaras de faire connaître aux jeunes disciples le sens de la vie, les règles de comportement dans la société, les normes spirituelles et morales dont l'observation assure à chacun la sauvegarde de son humanité. L'accent est également mis sur les sciences religieuses car pour Serigne Saliou, la foi en Dieu est la principale dimension de l'homme. Cette entreprise d'éducation, qui s'adressait à des milliers d'élèves était entourée du plus grand soin de la part de Serigne Saliou qui y consacrait d'énormes ressources, donnant ainsi le signe d'un engagement personnel, profond.